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  • christophedevareil

Le Chat Botté en entreprise !

Dernière mise à jour : 5 juil. 2023

Aussi surprenant que cela puisse sembler, le chat botté peut aussi venir rencontrer le monde de l’entreprise et du management. On est tellement habitué à regarder les contes comme une littérature destinée aux enfants qu’on en vient à trouver incongru de les proposer aux adultes, et plus particulièrement encore aux entreprises.


En réalité, tout ce qui touche à notre humanité peut être visité à la lumière des contes traditionnels, c’est leur visée première de nous interroger sur nos façons d’être, sur le sens de nos actes et à quoi ils conduisent. Et donc notre relation à la responsabilité, à l’engagement de soi, au pouvoir, qui sont la matière de nombreux contes, peuvent aussi être relus et dynamisés à leur contact. Bien sûr, dès qu’il s’agit d’un Roi, il est implicitement question du pouvoir que nous avons sur les autres, sur nous-mêmes et sur le monde, et dès qu’apparaît un pauvre déshérité, une miséreuse ou quelqu’un qu’on méprise ou que sa famille a rejeté, c’est que le conte traitera de nos pertes de capacité d’agir, de nos difficultés d’appartenance aux groupes et des chemins par lesquels nous pourrions les regagner. Et bien sûr, chacun de ces sujets rejoint nos vies professionnelles.


C’est avec cette demande qu’EDF a fait appel à nous, souhaitant permettre à ses managers de relire leur parcours comme un chemin de croissance tout à la fois personnel et collectif. Envisager la responsabilité professionnelle non pas comme un simple savoir-faire acquis, ni comme un signe de reconnaissance institutionnelle, mais comme un véritable espace de transformation intérieure dont tout le collectif bénéficie durablement. Et c’est ce conte du Chat botté que nous avons choisi pour accompagner soixante-dix managers au cours un séminaire de deux jours.


Le personnage principal est en effet très représentatif d’une évolution professionnelle réussie : il commence tout en bas de l’échelle comme troisième fils d’un meunier mort, puis se fait connaître comme marquis de Carabas, et à ce titre, est invité à monter dans le carrosse royal, d’où il va conquérir sans le moindre effort toutes les propriétés et terres de l’Ogre, pâturages, champs, élevages et forêts jusqu’au Château, où il donnera un grand festin accueillant le Roi lui-même qui choisit ce moment pour lui donner sa fille en mariage. Ce parcours ne peut pas être lu comme celui d’une « ascension sociale » ou hiérarchique, mais plutôt comme une image de notre progression intérieure dans nos cadres professionnels.

Nous avons donc construit le séminaire en suivant les étapes du conte. Chaque moment du conte en effet vient faire écho à des passages cruciaux de nos histoires personnelles. Nous commencions par le temps de l’héritage, puis nous allions explorer la décision de suivre le chat en lui donnant des bottes, pour arriver à la noyade, changement d’identité, et finir par une sorte d’état des lieux de toutes les transformations réalisées chemin faisant : le Château de l’Ogre.


Nos héritages :

L’ouverture du conte, c’est une scène d’héritage un peu surréaliste. On fait trois parts :

- le premier fils reçoit tout le patrimoine (le moulin),

- le deuxième, toutes les ressources en énergie (l’âne),

- et le troisième, un chat. Autant dire : rien.

Injustice ? Scandale ? Il y a trois manières de regarder ce qui nous arrive : râler (« encore une inégalité sociale inadmissible »), nous soumettre (« Ah, c’est comme ça, c’est la vie, on n’y peut rien… ») ; la troisième voie est de « donner des bottes au chat » : l’image semble assez obscure, mais elle s’éclaire assez vite lorsqu’on considère l’attitude du chat sitôt qu’il a chaussé ses bottes : il ne s’enferme pas dans la déploration de la déception, une attitude de victime face à l’injustice scandaleuse qu’on lui fait, il ne cherche pas à obtenir réparation, ni en réclamant ce qu’il considère mériter, ni par un procès qu’il pourrait faire à ses aînés pour obtenir un partage plus équitable, non. Il part se rendre utile avec ce qu’il sait faire et ce qu’il peut faire. De même, au lieu de râler sur le pauvre lot qui nous échoit, nous pouvons en faire une occasion immédiate de servir les clients, les collaborateurs, l’entreprise, et de nous relier ainsi à tous les partenaires de nos périmètres. C’est ainsi que le chat se fait connaître du roi, et qu’il donne de son maître une image forte qui marquera les mémoires : marquis de Carabas. Voilà que sa réputation vient anoblir cet homme jusque-là inconnu de tous.


La noyade et les habits royaux :

L’étape suivante est celle du simulacre de noyade au cours duquel l’identité du héros se révèle : en surface, il s’agit pour lui de quitter les habits de meunier pauvre qui l’identifiaient pour entrer nu dans l’eau et se laisser rhabiller par le Roi ; en profondeur, il s’agit d’accéder à l’inconnu de soi, de l’assumer, d’en prendre à la fois la mesure et le risque. Il s’agit de se mettre ‘en danger de vie’, c’est-à-dire de consentir à perdre l’identité restreinte dans laquelle nous avons souvent été enfermés dans la première partie de nos existences, pour entrer dans une plénitude dont nous ignorons presque tout.

C’est un moment symbolique important, et nous ne souhaitions pas seulement proposer aux participants de fouiller dans leurs souvenirs pour faire mémoire d’un moment déterminant de leur passé : nous voulions les inviter à vivre ce passage au cœur du séminaire, en accomplissant concrètement un geste marquant. C’est pour nous une certitude : les contes ne sont pas seulement des histoires à entendre, des histoires qui aident à comprendre, ce sont aussi des histoires à vivre dans l’ici et maintenant, des passages à agir au présent. Nous exerçons alors notre identité de héros. C’est un moment décisif.

Les managers sont généralement plutôt familiers de la parole ou de l’écrit, c’est le langage dominant qu’ils maîtrisent. Nous avons préféré les inviter à risquer un autre langage : le langage des actes et le langage de l’expression plastique. Ce décalage invite souvent à vivre une part de nous que nous connaissons mal. Cette dimension de nous-mêmes est une sorte de révélation, pour nous autant que pour le groupe.

Ce jour-là, certains ont littéralement dansé leur traversée. Dans tous les cas, chacun perdait le vêtement habituel et familier du langage verbal pour devenir acteur manifeste de sa transformation, et de celle du collectif. Un moment magique et festif à la fois.


A la fin de la journée, la salle était transfigurée, à l’image du groupe lui-même. Ce n’était pas une œuvre d’art, non, la réalité esthétique du résultat était tout à fait secondaire. Mais c’était devenu la trace visible de tous ces moments de vie qui s’ajoutaient les uns aux autres, comme un tissage de tous les parcours si personnels que nous avions partagés, et que le séminaire nous avait invité à réactiver chacun de façon personnelle, en prenant les autres à témoin. Une image saisissante d’un élan partagé par des hommes et des femmes remarquablement vivants.





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